Vénérable Élisabeth Bergeron Soeur Élisabeth, ou mère de Saint-Joseph, a un regard et un visage pacifiant et reposant. Mais ce calme qu’elle a, c’est le fruit d’une longue maîtrise de soi. […] Élisabeth a 19 ans. Elle veut se faire religieuse. Elle va traverser une période très troublée. Trois essais, trois échecs — chez les soeurs du Précieux-Sang, les soeurs de Miséricorde et les soeurs de La Présentation.
Elle réussit à convaincre une de ses compagnes, une amie, à vivre un peu de la même manière qu’elle. Elles vont même jusqu’à rencontrer Mgr Moreau, et lui demander de fonder une communauté de soeurs cloîtrées. Il trouve que les soeurs du Précieux-Sang, c’est déjà assez. Il les appelle les « deux folles. » Mais les deux folles tiennent bon. En bonne fille de l’Église, elle se met à la disposition de l’évêque, qui lui demande d’abord de chercher des compagnes. Elle en trouve et elle se présente devant Mgr Moreau. Et voici ce qu’il lui répond : « Que voulez-vous que je fasse avec vous toutes, ce n’est pas un refuge de vieilles filles que je prétends fonder. » Ce n’est pas des paroles très encourageantes. Ça devait être pénible pour elle car elle avait fait des efforts pour trouver ces femmes-là. Alors elle essaie de rajeunir son équipe. Elle obéit parce qu’elle voit dans l’évêque un instrument de Dieu. Et l’humilité (et sa tenacité) sont ses vertus dominantes. Elle trouve une jeune fille de 18 ans, et d’autres jeunes se joignent au groupe. Puis finalement, elles entrent dans une modeste école du village de La Providence, où la commission scolaire du coin les attend. Nous sommes en septembre 1877. Et c’est là dans la pauvreté absolue, le dénuement le plus total, une piété angélique, pour ne pas dire archangélique, que l’oeuvre commence. Et viennent les mépris, les souffrances, le manque de tout, la précarité, les deuils, les défections, les maladies, sa déposition par l’évêque, qui la trouve inapte à diriger une communauté de soeurs enseignantes. Mais ce qui est beau, ce sont les soeurs qui l’ont remplacée. Tout au long de sa vie, les soeurs de Saint-Joseph l’ont toujours soutenue. Elle a joué un rôle d'animatrice silencieuse avec beaucoup de tact et de discrétion, deux grandes vertus chez elle. Elles vont toujours la regarder comme leur fondatrice. Extrait de l'émission Témoins de notre temps animée par Luc Phaneuf de Radio Ville-Marie en date du 28 janvier 1997 par l'auteur Yvon Langlois, (l'auteur aussi d'un beau livre sur Jeanne Le Ber). |