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28 février 2008

Conférence de Louis Balthazar sur le conflit Israëlo-palestinien (Résumé)

Toute la Palestine  remémore la naissance de Jésus de même que sa vie terrestre,  sans grand éclat pendant les trente premières années  mais très dérangeante pour les trois dernières années où Il a parcouru la région en enseignant, à des gens simples,  une nouvelle façon de vivre.
Jésus était Juif, de même que ses disciples.  Une grande proportion des Juifs est restée fidèle à la foi juive, toujours dans l'attente d'un Messie à venir. Comme nul n'est prophète en son pays, le Christ ne pesait pas lourd dans cette région et l'accueil que lui réservaient les gens à qui Il enseignait a provoqué chez les autorités d'alors une jalousie et une crainte qui l'ont conduit jusqu’à sa mort sur la croix.

Le peuple juif n'a vraiment jamais quitté la Palestine: il s'y était installé quelques millénaires avant Jésus-Christ mais comme ce pays était une voie de  passage importante pour les affaires entre continents, il fut le théâtre de nombreuses guerres et chaque fois, les vainqueurs massacraient les vaincus.  Beaucoup d'entre eux avaient la vie sauve parce qu'ils réussissaient à fuir devant l'envahisseur.

Dans leur exil, les Juifs n'oubliaient jamais leur terre d'Israël.  Parfois, un roi vainqueur les autorisait à revenir et ils rebâtissaient jusqu’à ce qu’une autre période de guerre les fasse de nouveau se disperser.

La conquête arabe, au septième siècle marqua le début d'une grande présence musulmane en Palestine .  Les communautés chrétiennes et juives y jouirent quand même d'une certaine autonomie durant plus de 500 ans.

Les Juifs qui avaient émigré en Europe n'ont pas eu la vie facile: les Chrétiens les accusaient d'avoir crucifié Jésus et certains évêques n'ont pas hésité à les condamner.  De plus, durant près de deux siècles, toute la chrétienté a rêvé de faire la conquête des Lieux saints, donnant lieu aux Croisades sanglantes et dévastatrices, sans autre lendemain qu’une hostilité croissante de la part des Arabes.

Quant aux Juifs, ce qui a fait leur force, ce fut la fidélité à leur religion et la fraternité qui les unissait. Comme ils étaient exclus des fonctions officielles et de plusieurs métiers, ils ont développé des activités de commerce et de prêt d'argent.  Au XIX siècle, la montée du nationalisme en Europe et l'intensification de l'antisémitisme en France et en Allemagne ont incité  les Juifs européens  à retourner dans leur Terre Promise.  Théodore Herzl fonda l'Organisation sioniste mondiale pour résoudre le problème juif.  Il en résulta une émigration très importante des Juifs vers la Palestine.  Après la publication de l’ouvrage antisémite d’Édouard Drumont, La France juive,  Herzl publia, à la fin du siècle, son Der Judenstaat (L’État Juif).

Avec l'aide des Arabes, les Britanniques enlevèrent la Palestine aux Turcs et après bien des tractations entre les Britanniques, la France et la Russie, on en est venu à la déclaration "Balfour"de 1917.  La Grande-Bretagne promettait alors de redonner une patrie aux Juifs. Cette promesse fut incluse dans le mandat conféré à la Grande-Bretagne par la Société des Nations en 1922. C'est à ce moment que les Juifs ont envisagé de revenir massivement en Terre-Sainte. Mais les  Britanniques se sont mis à regretter leur engagement, car ils craignaient que les Sionistes n'envahissent toute le Palestine tandis que les Palestiniens arabes, de leur côté, rejetaient la politique des Britanniques  à l’égard de ces Juifs qui revenaient en grand nombre. Les Britanniques proposèrent alors d'établir un conseil législatif mixte rejeté par les Palestiniens qui trouvaient la mesure discriminatoire. La peur d'une domination juive fut la principale cause de la révolte arabe de 1936 à 1939  et la Grande-Bretagne limita une fois de plus l'immigration juive et l'achat de terres par les Juifs.

Après la 2ème guerre mondiale, les horreurs de l'Holocauste provoquèrent la sympathie d’un monde culpabilisé  Les Juifs en profitèrent pour se reconstituer une patrie.  En 1947, la Grande-Bretagne déclare finalement qu'elle renonce à son mandat sur la Palestine et remet le problème aux Nations Unies qui proposent alors la division de la Palestine en deux États (la Ligne Verte). Les Palestiniens étaient plus nombreux (1,300,000 contre 600,000) mais moins bien prépares.  Le porte-parole des Palestiniens a rejeté ce plan que les Juifs acceptèrent.  Le terrorisme se développa des deux côtés. Les armées des pays arabes se joignirent aux Palestiniens pour attaquer Israël mais les forces juives, fort bien équipées et financées par les Occidentaux, ont repoussé les forces arabes au-delà  des limites fixées par l'O.N.U. en 1947.  La guerre mit sur les routes des centaines de milliers de réfugiés palestiniens et les Israéliens ont construit un nouveau pays très moderne, avec de nombreux immigrés Juifs d'origine française, britannique ou allemande et une aide substantielle de grands pays industrialisés.  Les Palestiniens déshérités se fixèrent dans les pays voisins en conservant toujours l'espoir de revenir dans leur terre natale.

En 1956, à la suite de la nationalisation du canal de Suez par l’Égyptien Gamal Abdel Nasser, les Israéliens se sont joints aux Britanniques et aux Français pour préserver une mainmise occidentale sur la zone de Suez, mais ils durent retraiter en raison du manque d’appui de la part des États-Unis.  Cette défaite a contribué à renforcer le prestige de Nasser et sa politique d’hostilité envers Israël.

En 1967, les Égyptiens, avec l’aide d’autres pays de la Ligue arabe, ont lancé le feu sur Israël.  Il en est résulté une Guerre, dite des Six Jours au cours de laquelle les forces israéliennes, armées par les Européens et les Américains, imposèrent une cuisante défaite aux Arabes.  Les Israéliens  prirent alors la Cisjordanie, la bande de Gaza et le plateau du Golan : ce qu’on appelle depuis  « les territoires occupés ».

Entre temps, en 1964, avait été créée l’Organisation de libération de la Palestine  (OLP) en vue de ramener les réfugiés palestiniens dans leur terre natale et de constituer un nouveau pays palestinien.  Dirigés par Yasser Arafat, ils se sontd’abord basés sur le territoire jordanien pour en être bientôt chassés par le roi Hussein en 1970.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies émet une résolution (242) enjoignant les Israéliens à rendre les territoires occupés aux Palestiniens en retour d’un engagement arabe à maintenir la paix.  Cette résolution et d’autres qui ont suivi n’ont jamais été appliquées par Israël faute d’une absence de reconnaissance de l’État israélien et d’un engagement à renoncer au terrorisme de la part des Palestiniens.

En 1973, c’est à nouveau la guerre.  Le nouveau président égyptien Anouar El Sadat, avec l’aide de la Syrie, tente une  offensive dite du Yan Kippour dans le Sinaï.  Après quelques succès égyptiens,  les Israéliens reprennent du terrain en Égypte et en Syrie. Nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies (338) reprenant les termes de celle de 1967 (242) et enjoignant aux négociations.

Par la suite, le Secrétaire d’État américain Henry Kissinger tient plusieurs rencontres avec les leaders arabes et israéliens en vue de mettre en œuvre un processus de pacification.  Le Président Jimmy Carter poursuit ces démarches avec une ardeur particulière.  Le Président Sadat, de son côté, cause tout un émoi en acceptant une invitation israélienne de prononcer un discours devant l’Assemblée législative israélienne, la Knesset, en 1977.

L’année suivante, Sadat et le Premier ministre israélien Menahem Begin sont les hôtes du Président Carter à Camp David et ils signent un accord historique de paix et de reconnaissance mutuelle.  Le désert du Sinaï est rendu à l’Égypte et les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour que soient libérés les territoires occupés du Golan, de la Cisjordanie, de Jérusalem et de la bande de Gaza.

L’ouverture de Sadat qui soustrait désormais le grand pays d’Égypte à l’alliance anti-israélienne provoque beaucoup de ressentiments chez les militants palestiniens et chez les radicaux du monde arabe.  Sadat lui-même est assassiné en 1981.  L’organisation des Frères musulmans en Égypte est vouée à une politique d’affrontement envers Israël et l’Occident.

En 1982, les forces armées israéliennes envahissent le sud du Liban en vue de détruire les installations de l’OLP et de se protéger contre les attaques fréquentes des Palestiniens.  Plus tard, en 1985, Israël quitte définitivement le Liban.  L’OLP, de son côté, s’est installée à Tunis.

En 1987, dans la foulée de l’idéologie radicale de l’aile extrémiste des Frères musulmans, est fondé le Hamas palestinien, une organisation vouée à résistance armée contre Israël et à l’idéal de destruction de l’État juif.  Hamas s’oppose au Fatah dirigé par Yasser Arafat qui contrôle l’OLP.  L’année suivante, Arafat reconnaît le droit d’Israël à exister.  C’est le début des luttes intestines dans les rangs palestiniens.  C’est aussi le moment de la première « intifada » ou résistance plus ou moins violente à l’occupation israélienne.

Le gouvernement américain, sous les présidences républicaines de Ronald Reagan (1981-1989) et de George H. W. Bush (1989-1993) est devenu très pro-israélien (l’appui du lobby juif, en particulier de l’American-Israel Political Action Committee est très important pour les Républicains, car les Juifs sont généralement enclins à voter pour le Parti démocrate) et, en conséquence, peu disposé à stimuler les négociations entre Israéliens et Palestiniens.

En 1991, cependant, le Président Bush père, fort de sa victoire contre Saddam Hussein dans la guerre du Golfe et de sa forte légitimité internationale, appelle les parties au conflit israélo-arabe à une grande conférence à Madrid.  Cette conférence ne donne pas de résultats immédiats concrets mais elle ouvre une nouvelle ère de pacification.

En 1993, le chef de l'OLP, Yasser Arafat et le premier ministre d'Israël Yitzhak Rabin se rencontrent aux États-Unis pour signer un accord conclu précédemment à Oslo, à l’instigation du gouvernement norvégien.  Cet accord, dit « Déclaration de principes », envisageait l'autonomie palestinienne dans les territoires occupés par Israël, à commencer par la bande de Gaza et Jéricho. Ce plan s'est poursuivi progressivement et a donné lieu, en septembre 1995, à un accord intérimaire signé à Washington par Rabin et Arafat. Cet accord, qui reprend les termes de la Déclaration de principes, est endossé par la Russie, l’Égypte, la Norvège et l’Union européenne.

L’assassinat de Rabin en novembre 1995 par un extrémiste israélien a été particulièrement nocif pour le processus de paix.  Sous la pression des États-Unis, Arafat a différé la déclaration unilatérale d'un État Palestinien.

Néanmoins, le Président Clinton s’est employé à poursuivre les négociations, surtout quand Ehud Barak devint premier ministre d’Israël. En septembre 1998, le Président Clinton convie les parties à Wye River Plantation, dans le Maryland.  On en vient à concrétiser l’accord intérimaire par un « memorandum » dans lequel Israël s’engage à restituer la bande de Gaza, Jéricho et 13% des territoires occupés aux Palestiniens.

En 2000, Clinton réunit Arafat et Barak à Camp David et les incite à accepter un programme qui aurait restitué l’essentiel des territoires occupés à l’Autorité palestinienne et assuré une certaine présence palestinienne à Jérusalem.  Arafat a refusé ce plan, car il remettait à plus tard la question du retour des réfugiés.

La ville de Jérusalem devait être partagée.  Les Juifs, depuis des millénaires, en ont fait leur Ville Sainte.  L'histoire de Jérusalem se confond avec l'histoire des Juifs. Les Chrétiens aussi la considèrent comme leur Ville-Sainte avec l'église du Saint-Sépulcre et tous les sites qui rappellent la vie et la mort de Jésus. Les Musulmans la considèrent également comme leur Ville Sainte parce que c'est à cet endroit que Mahomet aurait reçu sa mission de proclamer sa foi en Allah.

À l’automne 2000, Ariel Sharon, qui devait devenir premier ministre en 2001, fait un pèlerinage au site du « Mont du Temple » que les Musulmans appellent Al Aksa, face à la grande mosquée.  Cela est apparu comme une provocation et a donné lieu à une reprise de l’intifada,  recours des Palestiniens à des pressions violentes.  Malgré tout, Clinton a tenté, jusqu’à la fin de son mandat en janvier 2001 de réconcilier les deux parties.

Son successeur, George W. Bush, n’a pas voulu poursuivre dans la même veine.  Il a refusé toute rencontre avec Arafat et a appuyé unilatéralement Ariel Sharon et sa politique dure.  Les violences se sont multipliées de part et d’autre.  Sharon a voulu lier sa cause à celle des États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 pour amener les Américains à considérer les terroristes palestiniens comme étant animés par une cause semblable à celle des responsables des attentats tragiques en sol américain.  Il s’en est suivi un cycle infernal de violence: attentats suicidaires de la part des Palestiniens, répression brutale de la part d’Israël.

En 2002, en vue de faire mieux accepter une offensive américaine en Irak, le Président Bush surprend tout le monde en se prononçant résolument en faveur de la création d’un État palestinien indépendant.  S’ensuit un plan de paix parrainé par les États-Unis, l’Organisation des Nations Unies, l’Union européenne et la Russie.  On établit une feuille de route en trois temps : 1) renonciation à toute violence et consolidation des organisations de l’Autorité palestinienne.  Reconnaissance du droit d’Israêl à exister et d’un État palestinien indépendant, viable et souverain.  2) Phase de transition sur la base d’un gouvernement palestinien légitime.  Conférence internationale. 3)  Accord permanent et proclamation d’indépendance de la Palestine.
Ce plan demeure bien théorique dans la mesure où il n’est pas question spécifiquement du retrait d’Israël des territoires occupés, ni du statut de Jérusalem, ni de la question épineuse entre toutes du retour des réfugiés palestiniens en Israël.  

Le gouvernement d’Israël en vient à faire avancer les choses dans sa perspective, en dehors de toute négociation.  En 2003, on commence la construction d’un mur devant séparer la Palestine d’Israêl et assurer la sécurité des Israéliens.  En 2004, Ariel Sharon annonce un retrait unilatéral de la bande de Gaza et le démantèlement des colonies israéliennes sur ce territoire.  Une mesure qui apparaissait généreuse mais qui permettait en même temps de consolider une présence israélienne en Cisjordanie et surtout de poursuivre l’odieuse colonisation des territoires occupés.  Environ 500 000 Israéliens se sont implantés à l’intérieur de ce qui est appelé à devenir une Palestine indépendante.

La mort de Yasser Arafat en 2004 paraissait ouvrir de nouvelles possibilités.  En effet, le Président Bush s’était obstiné à refuser de rencontrer le leader palestinien.  Il en ira différemment avec son successeur Mahmoud Abbas qui est élu à la présidence de l’Autorité palestinienne en janvier 2005.  Mais, malgré tout, les Américains ne semblent pas vraiment décidés à lancer de véritables négociations.  L’élection d’une majorité de membres du Hamas à l’Assemblée législative palestinienne  en janvier 2006 vient tout gâcher.  Comme le Hamas est toujours résolu à ne pas renoncer à la violence et à ne pas reconnaître l’État d’Israël, la présence de ce parti au gouvernement a amené les États-Unis et plusieurs autres États occidentaux à couper l’aide à l’Autorité palestinienne.  En conséquence, la paix apparaît toujours plus lointaine.

De plus, à l’été 2006, Israël porte la guerre au Liban en vue de détruire les installations militaires du Hezbollah.  Une guerre dévastatrice sans grand succès.  Le Hezbollah en ressort plus légitimé.  Ce qui renforce l’ardeur du Hamas qui lui est affilié.  S’ensuit une phase de violence entre les deux factions palestiniennes,  En 2007, un accord est conclu à La Mecque, sous l’instigation de l’Arabie saoudite qui craint une influence croissante de l’Iran shiite dans la région.  L’accord laisse cependant intact l’existence d’un gouvernement bipartite dont l’une des deux composantes demeure réfractaire aux principes de la feuille de route.

Tout nous invite au pessimisme actuellement.  Il faudrait absolument une solution imposée d’en haut,  par une autorité internationale qui commanderait  le respect d'engagements très précis.
Il faut absolument reconnaître les bienfaits de la négociation car autrement, c'est l'escalade.
Pendant ce temps, la situation des Chrétiens, en Terre-Sainte, est de plus en plus précaire; le pays qui vivait surtout de tourisme est complètement déserté en raison du climat qui règne là-bas .

L'horizon est sombre mais de part et d'autre, il y a des Israéliens et des Palestiniens qui, par delà leurs dirigeants, aspirent à vivre en paix.  Un nouveau gouvernement américain moins rigide et plus disposé à s’imposer auprès d’Israël pourrait peut-être relancer le processus à nouveau.