Chrétiens,
juifs et musulmans de Suisse disposent depuis lundi 15 mai d’un
instrument inédit au plan européen, voire mondial, à savoir un
« Conseil suisse des religions », en anglais le « Swiss Council of
Religions/SCR ». Les dirigeants de ces importantes communautés
religieuses ont signé en matinée un « mandat » élaboré conjointement
dans le but de contribuer au maintien et à la promotion de la paix
religieuse en Suisse.
Avec cette plate-forme unique au sein de laquelle sont représentées les
trois grandes religions monothéistes, la Suisse fait oeuvre de pionnier
en matière de dialogue interreligieux. Il s’agit là d’une « pierre
miliaire » dans le dialogue entre les communautés religieuses, bien
qu’on ne puisse pas dire qu’en Suisse la paix religieuse soit
actuellement menacée, a précisé lundi l’initiateur de ce projet, par le
pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises
protestantes de suisse (FEPS), et premier président du SCR.
Le secrétariat – la logistique de ce nouveau Conseil
qui se réunira au minimum deux fois par an – sera assuré par le pasteur
Markus Sahli, responsable du Département des relations œcuméniques de
la FEPS et assistant personnel du président Wipf. L’idée de ce Conseil
dont font partie les trois Eglises nationales – catholique-romaine,
catholique-chrétienne et évangélique réformée -, la Fédération Suisse
des Communautés Israélites (FSCI) et la Plateforme des juifs libéraux
de Suisse, la Coordination des organisations islamiques de Suisse
(KIOS) et la Fédération d’Organisations Islamiques en Suisse (FOIS) –
remonte à la deuxième guerre du Golfe.
Pour promouvoir la paix religieuse
A la veille du déclenchement de l’invasion de l’Irak,
il y a trois ans, la FEPS avait mis sur pied une célébration avec la
Conférence des évêques suisses (CES), l’Eglise catholique-chrétienne,
la FSCI et la Coordination des organisations islamiques de Suisse. Les
responsables religieux s’étaient alors réunis à la collégiale de Berne
pour prier pour la paix. Un signe d’autant plus fort que cette guerre
risquait d’être instrumentalisée religieusement de divers côtés. De
plus, il faut noter que la carte religieuse de la Suisse et la fonction
des Eglises et des communautés religieuses ont radicalement changé ces
dernières années, estiment les initiateurs de ce projet qui veulent
promouvoir le dialogue entre religions, devenu désormais
« incontournable ».
Chrétiens, juifs et musulmans ont aujourd’hui leur part
de responsabilité dans le maintien d’une cohabitation religieuse et
sociale paisible, notent-ils. En ce sens, le nouveau Conseil suisse des
religions se veut une plate-forme de dialogue au niveau national, qui
offrira son expertise et pourra servir d’interlocuteur, notamment à
l’égard des autorités fédérales. « On n’a cependant pas envie de
devenir un ’parlement des religions’ dans le pays, mais on veut parler
des faits concrets nous concernant, comme par ex. la construction d’un
minaret », a relevé le pasteur Wipf en faisant allusion à un cas qui
s’est présenté dans la commune soleuroise de Wangen. Il a déploré que
certains partis politiques en Suisse parlent plus de l’islam « vu d’en
haut » alors qu’ils devraient plutôt discuter avec les représentants de
cette communauté qui fait désormais partie de notre paysage.
Les membres du SCR sont l’évêque de Bâle, Mgr
Kurt Koch, vice-président et responsable du dialogue oecuménique au
sein de la Conférence des évêques suisses (CES), le pasteur Thomas
Wipf, président du SCR, Mgr
Fritz-René Müller, évêque de l’Eglise catholique-chrétienne de Suisse,
le professeur Alfred Donath, président de la Fédération suisse des
communautés israélites (FSCI), Farhad Afshar, président de la
Coordination des organisations islamiques en Suisse (COIS), et Hisham
Maizar, président de la Fédération des organisations islamiques
faîtières de Suisse (FOIS).
Comme les quelque 300’000 musulmans (plutôt 350’000 a
précisé Hisham Maizar, en notant la croissance rapide des communautés
musulmanes) qui vivent en Suisse sont organisés en plus de 300
associations « nationales-ethniques » et ne disposent pas d’une
organisation faîtière, ils auront ainsi droit à deux représentants pour
leur garantir une certaine représentativité. Il faudra bien un jour
arriver à un Conseil central des musulmans de Suisse, a-t-il souligné.
Le dialogue religieux, jusqu’à présent exclusivement bilatéral, sera
pour la première fois abordé sur un plan multilatéral, estime Alfred
Donath, ce qui contribuera à une meilleure compréhension mutuelle. On
pourra ainsi éviter de nombreuses tensions.
On ne va pas créer une « super-Eglise »
Il ne s’agit évidemment pas de créer une
« super-Eglise » - les débats ne porteront pas sur des questions
théologiques -, mais de favoriser la paix confessionnelle et de traiter
de thèmes concrets de politique religieuse. Le SCR sera ainsi un
partenaire de référence pour les autorités politiques suisses.
Pour le moment, le SCR regroupe les grandes religions
monothéistes, dans le but d’améliorer la compréhension mutuelle entre
les communautés religieuses de tradition abrahamique. Il faudrait
trouver le moyen d’intégrer les quelque 300’000 orthodoxes vivant en
Suisse, mais c’est à eux de trouver qui pourra les représenter. Quant
aux Eglises évangéliques libres, si certaines se sentent représentées
par la FEPS et sont prêtes au dialogue interreligieux, d’autres auront
encore du chemin à faire, a noté le pasteur Wipf. Le Conseil n’exclut
pas d’emblée d’accueillir d’autres religions, comme les hindouistes et
les bouddhistes, présentes également en Suisse.
Farhad Afshar espère que le nouveau Conseil poussera
les musulmans de Suisse à s’organiser selon le modèle des Eglises
nationales dans des communautés de droit public avec des élections
démocratiques. Le responsable musulman espère à l’avenir que dans un
débat comme celui suscité par les caricatures de Mahomet, juifs et
chrétiens s’engageront en faveur des musulmans.
Mgr Kurt Koch a
estimé très positif que les autorités aient un tel Conseil comme
interlocuteur. Citant « Nostra aetate », l’évêque de Bâle a rappelé
qu’avec cette déclaration conciliaire, le Concile Vatican II avait
clarifié le rapport de l’Eglise catholique avec les religions non
chrétiennes et instauré ainsi officiellement le dialogue
interreligieux. La déclaration était motivée par la conviction que Dieu
agit dans toutes les religions et qu’en toutes habitent la vérité et la
sainteté. Et d’insister sur le fait que plus que jamais dans notre
société contemporaine, les religions doivent s’épauler mutuellement. JB
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