
| Cause : Alexis-Louis Mangin Alexis-Louis Mangin voit le jour à Liège, Belgique, le 4 septembre
1856. Quelques mois après sa naissance, la famille vient se fixer à
Rambervillers, France, dans un ancien château qui abritait autrefois
une communauté vouée à l'adoration perpétuelle du très saint Sacrement.
Autant l'enfant est turbulent et espiègle, autant son âme neuve est
ouverte au surnaturel. Sa maman le surnomme tour à tour « Louis d'Or »
et « Sac à Diable ». À 5 ans, il sait lire et écrire. Il rêve de vie
missionnaire, s'amuse à construire des autels, à dire la messe, prenant
plaisir à sermonner ses grandes soeurs du haut d'une chaire improvisée.
Le coeur sur la main, il est toujours prêt à vider sa tirelire au
profit de ses aînées. Louis n'a que 8 ans lorsque son père est rappelé
à Dieu. Il promet alors de ne jamais faire de peine à sa mère, et il
tient parole. On le retrouve plus tard, jeune étudiant,
s'appliquant à corriger ses défauts, à acquérir les vertus d'humilité,
de patience, de douceur. Sa dévotion eucharistique et mariale
s'approfondit, son désir du sacerdoce s'intensifie. À 19 ans,
Alexis-Louis est bachelier ès lettres et bachelier ès sciences.
Poursuivant le rêve de son enfance, il entre au Grand Séminaire de
Saint-Dié. Il est ordonné prêtre le 16 avril 1881 dans la chapelle des
Carmélites à Velletri, près de Rome. D'abord professeur au
collège de Metz, ensuite à celui de Rambervillers où il fonde un Cercle
pour la jeunesse, l'abbé Mangin quitte la France en 1885 et s'embarque
pour le Canada à la suite d'un appel lancé Par Mgr A. Labelle, curé de
Saint-Jérôme. Une première obédience le retient trois ans à la cure de
Chénéville, au Québec. En 1889, il devient le Curé fondateur de la
paroisse Notre-Dame -des-Neiges de Masson. Ici se dérouleront les plans
mystérieux de la Providence qui marqueront toute sa vie sacerdotale. Une ferveur exemplaire L'abbé
Mangin est un prêtre selon le coeur de Dieu. D'une ferveur exemplaire,
d'une pénitence rigoureuse, il passe de longues heures en prière au
pied du tabernacle afin de ramener à la pratique religieuse ses
paroissiens par trop indifférents. À l'instar du saint curé d'Ars,
Jean-Marie Vianney, il réussit en peu de temps à renouveler toute la
paroisse. En sa ménagère, Éléonore Potvin, M. Mangin trouve une
collaboratrice précieuse. L'idée d'une oeuvre consacrée à la prière
pour les prêtres et à l'adoration perpétuelle du très saint Sacrement
germe dans leur esprit. Le projet murit sous le soleil de Dieu et, le
23 mai 1895, la Congrégation des Servantes de Jésus-Marie est fondée. Afin
de mieux se consacrer à l'oeuvre naissante, l'abbé Mangin quitte la
cure de Masson le 6 octobre 1896 pour venir loger dans une étroite
chambre du couvent où règne une pauvreté absolue. Dans un détachement
radical, il laisse au presbytère tout son avoir, y compris le précieux
calice de son ordination. Ce calice fut utilisé par le pape Jean-Paul
II à la célébration eucharistique du 19 septembre 1984 chez les
Servantes de Jésus-Marie à Hull. De multiples talents Le
fondateur des Servantes de Jésus-Marie est un père dont la sollicitude
va jusqu'à la tendresse envers ses filles spirituelles. On trouverait
difficilement un homme plus délicat et plus attentif aux autres. Une
grande prudence, un discernement éclairé font de lui un directeur avisé
dans les voies de Dieu. Le coeur de Jésus est son lieu de repos,
l'adoration eucharistique son centre d'attraction et Marie la claire
fontaine où il se mire et s'abreuve. Esprit inventif, habile de
ses mains, il met ses talents au service de la communauté pour alléger
le travail des soeurs, et assurer le bon fonctionnement de la maison.
On est presque ébloui par l'ampleur de ses connaissances en physique,
chimie, menuiserie, sculpture, photographie. De son esprit créateur a
jailli tout un éventail d'objets pratiques: poêle à hosties,
imprimerie, ameublement du monastère, fournaise à air chaud, etc. Mais
l'abbé Mangin rayonne surtout par sa sainteté de vie. Plusieurs prêtres
ont recours à sa direction spirituelle. Mgr Ch.-H. Gauthier, archevêque
d'Ottawa, vient souvent le consulter. À l'instar du bon Pasteur, le «
bon père Mangin » attire aussi les enfants qui accourent à sa suite
pour recevoir une médaille, qui une bénédiction. Ce « grand
priant du sanctuaire » est également théologien, écrivain et poète. Ses
filles ont recueilli une centaine de cahiers contenant instructions
faites à la communauté, sermons, lettres, opuscules. On lui doit la
première publication canadienne du Traité de la vraie dévotion à Marie
de Louis-Marie de Montfort. Ombres et lumières Le succès
apostolique de l'abbé Mangin a été accompagné de multiples épreuves et
nombreux sacrifices: surdité quasi totale qu'il appelle sa «
bienheureuse surdité », santé fragile, souffrances physiques
habituelles, incompréhension et retards du très prudent Mgr Duhamel,
accusations non fondées sur sa vie personnelle, défection de certains
de ses confrères et amis intimes. L'abbé Mangin a toujours le pardon
sur les lèvres. Il se déclare prêt à défaire l'oeuvre de ses mains si
elle n'est pas voulue par Dieu. Par ailleurs, le fondateur connut
aussi de grandes joies. Un voyage à Rome pour solliciter l'approbation
des Constitutions des Servantes de Jésus-Marie rédigées de sa main
l'amène aux pieds de saint Pie X, le 12 janvier 1914, dans une audience
privée qu'il qualifie d'ineffable. En 1918, une première fondation dans
la ville de Rimouski, au Québec, maison dont il a lui-même dressé les
plans, le comble de consolations. Mais sa longue carrière d'amour
et de don de soi touche à sa fin. En janvier 1920, l 'abbé Mangmi est
atteint de la grippe espagnole, qui va l'emporter. Le 26 février,
l'aube nouvelle se lèvera pour lui. Sa pensée et son coeur demeurent
fixés en Dieu jusqu'aux derniers moments. Une heure à peine avant de
mourir, il murmure: « J'ai fini d'expliquer le règne du Saint-Esprit
dans les âmes, son action quotidienne par Marie, sous l'influence de la
sainte liturgie. » Et il s'endort bientôt dans la paix du Seigneur. Une
lumière s'éteint dans le ciel de l'Église pour se rallumer dans
l'au-delà. Par sa foi profonde, son amour de l'Église, son
respect et son obéissance envers l'autorité, sa ferveur eucharistique
et mariale, sa vie liturgique intense, son esprit d'ouverture,
Alexis-Louis Mangin demeure un modèle pour les chrétiens et les
chrétienhes d'aujourd'hui, en particulier pour ceux et celles qui ont
des responsabilités pastorales dans l'Église. Madeleine Guertin, s.j.m. | 
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