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Saints du Canada

Cause : Élisabeth Turgeon

 La Congrégation des Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, dites à l'origine Soeurs des Petites-Écoles, a célébré le 125e anniversaire de sa fondation en 1999-2000. Rappeler cet événement, c'est évoquer le nom d'une éducatrice au coeur d'apôtre, amie des jeunes, des humbles et des pauvres: Marie Élisabeth Turgeon, née à Beaumont, archidiocèse de Québec, le 7 février 1840.

Une vocation qui se profile lentement

Limitée par une santé précaire dont elle aura toujours à souffrir, Élisabeth ne peut fréquenter régulièrement l'école. Mais elle est avide de s'instruire et le foyer favorise son développement intellectuel. À quinze ans, elle s'apprête à poursuivre ses études dans un pensionnat et à réaliser son rêve de vie religieuse. La mort prématurée de son père en juillet 1855 l 'oblige à renoncer à ses projets. Elle restera à la maison et secondera sa mère dans l'éducation de ses quatre plus jeunes soeurs. C'est seulement à l'âge de vingt ans qu'elle pourra entrer à l'École Normale Laval de Québec pour se préparer à l'enseignement. Le Principal de cette institution est alors l'abbé Jean Langevin qui deviendra, en 1867, le premier évêque du vaste diocèse de Rimouski. Il a remarqué, chez Élisabeth, une intelligence brillante, une maturité au-dessus de la moyenne, une piété solide et des qualités exceptionnelles d'éducatrice. Il n'ignore pas qu'elle désire être religieuse.

Dans son diocèse déjà très pauvre matériellement, Mgr Langevin découvre bientôt une ignorance profonde de la religion. Il voit l'urgence de bonnes écoles pour améliorer cette situation, mais les institutrices compétentes y sont plutôt rares. En 1871, il invite son ancienne élève, Élisabeth Turgeon, enseignante depuis 1863 dans le diocèse de Québec, à venir diriger une école modèle à Rimouski, sa ville épiscopale. Pour raisons de santé, Élisabeth décline cette première invitation, puis une deuxième. L'évêque reviendra à la charge. En 1874, il lui demandera de prendre la direction de « la petite société d'institutrices » dont il autorise la mise en place pour la préparation d'enseignantes qualifiées et la tenue des écoles de son diocèse.

Élisabeth recherche sans cesse la volonté de Dieu. Cette fois, elle croit la déceler dans l'appel insistant de Mgr Langevin qui lui permettra enfin - elle a 35 ans - de réaliser le désir de vie religieuse éveillé très tôt en elle et qui ne l'a jamais quittée. Elle ira donc à Rimouski. Le noviciat sera long et semé de difficultés. Avec douze compagnes qu'elle a contribué à former au plan religieux et professionnel, elle émet les voeux de religion le 12 septembre 1879.

Jusqu'au bout pour la mission

C'est le moment attendu pour que des soeurs partent en mission dans les paroisses les plus démunies du diocèse. Elles auront à subir le froid, la faim et autres inconvénients d'une pauvreté excessive. Les conditions de vie ne sont pas meilleures pour la communauté de Rimouski. Mère Marie Élisabeth encourage, réconforte, conseille et fournit à toutes l'assistance dont elle est capable. Elle compte sur Dieu, Père et Providence, ainsi que sur l'aide maternelle de la Vierge Marie entre les mains de qui elle a remis sa charge de supérieure.

Afin d'asseoir son oeuvre sur des bases solides, la vaillante fondatrice ouvre, dans la maison qu'elle habite, une école indépendante pour l'initiation des novices à l'enseignement. Garçons et filles y seront reçus. La compétence professionnelle, qu'elle regarde comme un « devoir de justice », a toujours été au coeur de ses préoccupations.

Le 5 avril 1881, un incendie ravage le Séminaire diocésain. Dès qu'elle apprend la pénible nouvelle, Mère Marie Élisabeth, en danger de mort, n'hésite pas à offrir, de concert avec ses compagnes, le toit qui les abrite. C'est « la vieille Église » de Rimouski, qui avait reçu de nombreux écoliers avant d'être mise, par l'évêque, à la disposition de la communauté. Les soeurs l'ont réparée de leurs mains au prix de travaux épuisants. L'offre est acceptée. Trop malade pour déménager dans la nouvelle résidence qu'on leur assigne, la fondatrice, assistée de deux compagnes, doit demeurer au milieu du va-et-vient des élèves et du tapage occasionné par de nécessaires travaux d'adaptation. Elle le fait pour que ces jeunes puissent bénéficier des derniers mois de l'année scolaire. Mgr Langevin et d'autres témoins émus qualifient d'héroïque ce geste posé en faveur de l'éducation.

Minée par la maladie, les privations et des épreuves nombreuses accueillies avec foi, patience et en conformité à la Croix du Christ, Mère Marie Élisabeth décède le 17 août 1881, à l'âge de 41 ans. Elle n'a passé que six années dans l'Institut. Mais les fondements de la mission sont posés. Par l'exemple, la parole, les écrits, elle a su faire partager à ses compagnes son idéal de vie religieuse, son amour de l'Église, son zèle apostolique et les secrets de la pédagogie qui lui a valu le succès : l'amour et le respect de l'enfant avec l'objectif premier de le conduire à Jésus.

Aujourd'hui

Les Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire poursuivent la mission d'éducation chrétienne si chère à leur fondatrice, à l'école, quand c'est possible, et par d'autres moyens adaptés aux situations et aux milieux. Elles sont à l'oeuvre dans cinq pays: Canada, États-Unis, Honduras, Pérou et Guatemala. Quelques centaines de personnes associées partagent avec elles la spiritualité et la mission de Mère Marie Élisabeth.

La cause de béatification de Marie Élisabeth Turgeon, ouverte en 1990 au niveau diocésain, est introduite à Rome depuis 1994.

Marthe Saint-Pierre, R.S.R.