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Saints du Canada

Cause : Pierre-Joseph-Marie Chaumonot

Fils de Clément Chaumonot, un modeste vigneron, et de Jeanne Le Roux, Pierre Chaumonot est né le 9 mars 1611 à Sainte-Colombe-sur-Seine, petit village de Bourgogne, en France. À l'âge de douze ans, il est accueilli par un de ses oncles, prêtre, à Châtillon-sur-Seine où, durant six ans, il acquiert une solide formation en latin. Voulant l'initier au chant d'Église, son oncle le confie à un étudiant du collège. Celui-ci allait l'entraîner dans une vie de pur vagabondage.

Pierre vole son oncle curé puis s'enfuit avec son compagnon. Il se rend à Dijon puis à Beaune, passe à Lyon puis à Chambéry. Arrivé à Ancône, en Italie, il est dans un état lamentable avec ses habits pleins de vermine et une tête galeuse habitée par les poux et les vers. À Lorette, il entre dans la basilique pour prier Marie de le guérir. Il est exaucé.

Chez les jésuites

À Rome, il trouve refuge chez les jésuites, à Saint-André-du-Quirinal. À Terni où il remplace un régent au collège des jésuites, le dévouement des pères suscite en lui le désir de s'engager dans la vie religieuse. Il hésite entre les jésuites, les capucins, les carmes et les récollets. Finalement il entre au noviciat des jésuites, à Rome, le 15 mai 1632. Il a 21 ans.

Pierre prononce ses premiers voeux le 16 mai 1634, à 23 ans. Il enseigne deux ans à Fermo, près de Lorette. Après quoi, on l'envoie au collège romain - l'actuelle Université Grégorienne - pour y poursuivre ses études. C'est là que le père Poncet lui fait lire une Relation des jésuites écrite par Jean de Brébeuf, dans laquelle celui-ci demande des missionnaires pour travailler à la conversion des « sauvages ». Il décide de partir Pour le Canada.

Il va faire un pèlerinage à Lorette où il recommande à Marie son voyage au Canada et forme le projet de bâtir une chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Lorette. De retour à Rome, il obtient la permission d'ajouter à son nom celui de Joseph-Marie. Puis il est ordonné prêtre le 19 mars 1638, à 27 ans.

Au pays des Hurons

Le 4 mai 1639, Pierre-Joseph-Marie Chaumonot s'embarque à Dieppe avec les pères Poncet et Vimont, trois Hospitalières, trois Ursulines, dont Marie de l'Incarnation, et madame de la Peltrie. Ils arrivent à Québec le 1er août. Huit jours après, il part pour le pays des Hurons. Le voyage en canot dure un mois, passant par le Saint-Laurent, l'Outaouais, la Mattawa, le lac Nipissing, la Rivière-aux-Français jusqu'à la baie Georgienne.

Le 10 septembre 1639, Chaumonot arrive en Huronie, à la mission Saints-Marie (aujourd'hui à Midland, Ontario). Treize jésuites sont sur les lieux ainsi que quatorze laïcs de différents âges et métiers. Chaumonot se rend d'abord à la mission de La Conception. Puis , avec Brébeuf, il va évangéliser une nation voisine, les Neutres. Il est ensuite envoyé à Saint-Michel et à Saint-Jean-Baptiste, avec le père Daniel. C'est au cours de cette mission que Chaumonot échappa à un coup de hache, grâce à l'intervention du père Daniel.

Le 4 juillet 1648, la mission Saint-Joseph est mise à feu et à sang, et le père Daniel est martyrisé. Le 16 mars 1649, le même sort est réservé à Saint-Ignace et à Saint-Louis, avec le martyre de Brébeuf et de Gabriel Lalemant. Le 15 mai 1649, les missionnaires mettent eux-mêmes le feu à la résidence Sainte-Marie et se réfugient sur l'île Saint-Joseph (aujourd'hui Christian Island) avec quelques centaines de Hurons. Après un hiver de misère, missionnaires et Hurons décident de quitter l'île Saint-Joseph pour se rendre à Québec. Une flottille composée de 60 Français et de 300 Hurons arrive à Québec le 28 juillet 1650.

Chez les Iroquois

En septembre 1655, les Iroquois d'Onnontagué invitent les missionnaires à venir dans leur pays pour y établir la foi. Le père Chaumonot est désigné pour aller chez les Iroquois avec le père Dablon. L'accueil des Iroquois est très chaleureux. Cependant, certains disent que les Iroquois n'ont d'autre dessein que de faire venir en leur pays le plus grand nombre possible de Hurons et de Français pour ensuite les massacrer.

La vérité est que la présence des Français chez les Onnontagués était interprétée de façon bien différente. Le but des missionnaires était clair: annoncer l'Évangile. Mais la motivation des Onnontagués était ambiguë. Avertis du danger imminent, missionnaires et Français décident de fuir sans tarder. Ils arrivent à Québec le 23 avril 1658.

Notre-Dame-de-Lorette

De retour à Québec, le père Chaumonot retourne exercer son ministère auprès des Hurons. En 1662, il est à Montréal où il fonde une confrérie de la Sainte-Famille. En 1665, on le retrouve au Fort Richelieu avec le régiment de Carignan.

En 1666, il retourne à ses chers Hurons établis sur les terres de Beauport, puis à la côte Saint-Michel , sur le site actuel de l'Université Laval, où une chapelle fut construite sous le vocable de Notre-Dame-de-Foy. En 1673, les Hurons se déplacèrent dans un nouveau village qui prit le nom de Notre-Dame-de-Lorette, parce qu'on y construisit une chapelle sur le modèle de la Sainte Maison de Lorette en Italie. Plusieurs miracles s'accomplirent à cette mission. « On pourrait en composer un livre », écrit le missionnaire.

C'est là qu'il vécut les 19 dernières années de sa vie. À l'automne de 1692, on le transporte au collège des jésuites à Québec. Le 21 février 1693, il meurt à l'âge de 82 ans. Le père Dablon, son supérieur, écrit: « Nous avons perdu le plus ancien et le plus fameux de nos missionnaires. » Le jour même de ses funérailles, une Iroquoise de la mission de Lorette est guérie en arrivant près de son cercueil.

Spiritualité et sainteté

L'apostolat du père Chaumonot ne s'explique que par une vie de prière intense. Pour lui, catéchiser, prêcher, soulager les malades, méditer, célébrer la messe, étaient une seule et même occupation. Son ministère auprès des Hurons n'était que le rayonnement de la présence du Christ qui l'habitait.

Si le père Chaumonot a échappé au martyre, rien ne manque à sa sainteté. Unanimes sont les témoignages de l'époque à ce sujet. « Il a communiqué sa sainteté à toute la mission de Lorette » (Mgr de Saint-Vallier). « Il a enduré autant et plus que les grands martyrs du Canada » (Marie de l'Incarnation), Comme Brébeuf et les martyrs canadiens, Chaumonot a rendu visible, chez les Hurons, les Iroquois et les Français, l'amour du Christ pour tous les humains.