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Portail médias du 49e Congrès eucharistique international 2008

Cause : Rosalie Cadron-Jetté

De toutes les œuvres nées durant l’épiscopat de Mgr Bourget, évêque de Montréal de 1840 à 1876, l’assistance à la mère célibataire – on dirait aujourd’hui la mère monoparentale – était la plus controversée. En effet, tant l’évêque que Rosalie Cadron-Jetté, fondatrice de cette œuvre inusitée, devront lutter contre les préjugés de la société d’alors et d’une bonne partie du clergé, en plus d’affronter dans les débuts une extrême pauvreté. Secourir les femmes enceintes hors mariage était alors considéré comme un encouragement au « vice ». Le mépris visait tant les femmes secourues que celles qui s’y dévouaient. Mais rien ne pouvait arrêter la fondatrice, qui sentait profondément que les femmes vivant une grossesse non désirée dans la honte avaient absolument besoin d’être accueillies par des âmes d’élite, imperméables aux condamnations des autres et surtout capables d’amour inconditionnel, dans le non-jugement. L’alternative ? L’avortement, l’infanticide, le suicide.



Brève histoire de Rosalie Cadron-Jetté


Fille de Lavaltrie, Rosalie naît le 17 janvier 1794. Elle est baptisée le même jour par le curé Lamothe, qui dira à sa mère : « Prenez bien soin de cette enfant; elle est appelée à de grandes choses. » Intuition très juste : dès son jeune âge, le cœur de Rosalie s’emplit de compassion pour les malades et les démunis.


Elle se marie à 17 ans avec Jean-Marie Jetté, cultivateur de 33 ans, le 7 octobre 1811. Onze enfants naîtront de cette union, dont cinq mourront en bas âge. En quête de terres disponibles pour établir leurs aînés, les Jetté quittent Lavaltrie en 1822 et tentent de s’établir à Saint-Hyacinthe. Un malheur les attend : victimes de manœuvres frauduleuses, Rosalie et Jean-Marie perdent tout et doivent se résoudre à abandonner leur rêve. Jean-Marie est inconsolable. C’est Rosalie, forte de sa confiance en Dieu, qui l’amène à pardonner celui qui les a spoliés.


La famille Jetté s’établit à Montréal en 1827. Transplantés dans un monde étranger et en pleine mutation urbaine, ses membres se débrouillent comme ils le peuvent pour subvenir aux besoins de tous. La pauvreté n’empêche pas Rosalie et Jean-Marie d’ouvrir leur cœur et leur porte aux défavorisés, prostituées, alcooliques, ménages désunis, chômeurs… Rosalie se rend régulièrement à l’église Saint-Jacques, s’y ressourçant et y nourrissant sa piété fidèle. C’est là qu’elle rencontre l’abbé Ignace Bourget, qui devient alors son guide spirituel et peut ainsi détecter les qualités exceptionnelles de sa nouvelle pénitente1.

En juin 1832, à nouveau le malheur : Jean-Marie est emporté en 24 heures par l’épidémie de choléra qui ravage Montréal. Rosalie se retrouve veuve à 38 ans, avec sept enfants dont la dernière n’est âgée que d’un mois. Les vingt et un ans d’un bel amour s’achèvent brusquement. La courageuse Rosalie s’attache alors, avec l’aide de son fils aîné Pierre, âgé de 17 ans, à faire vivre sa famille. Le temps passe, les enfants quittent la maison et s’établissent. À 44 ans, Rosalie se retrouve libre de toutes responsabilités familiales. Elle se consacre à la prière et à une présence de qualité auprès des laissés-pour-compte de son entourage.



Naissance d’une œuvre essentielle


Devant l’inaltérable compassion de Rosalie et surtout sa très grande ouverture d’esprit envers toutes les situations qu’elle rencontre sans les juger, Mgr Bourget, son guide spirituel depuis treize ans, lui demande d’accueillir chez elle des mères célibataires, méprisées de tous à cause de ce que l’on considère à l’époque comme leur « péché ».


Rosalie Cadron-Jetté s’y prêtera volontiers, et son engagement auprès de cette tranche stigmatisée de la population montréalaise et des environs ne se démentira pas. Constatant la constance de sa pénitente, et devant les besoins de plus en plus grands qui se manifestent, Mgr Bourget propose à Rosalie de fonder non seulement une Maternité, mais bien une communauté religieuse vouée au service des mères célibataires. Elle hésite, prie et médite, avant d’accepter une mission qu’elle se juge bien indigne d’incarner. Le 1er mai 1845, Rosalie ouvre l’« Hospice de Sainte-Pélagie » dans un grenier dénudé de la rue Saint-Simon. Puis, le 26 juillet 1846, Mgr Bourget ouvre le noviciat. L’une des novices écrit alors : « Mme Jetté avait une grande tendresse maternelle pour ces jeunes mères. Elle disait qu’elles étaient « son cœur »… ». Pour Rosalie, elles étaient « les trésors de la maison », selon ses propres paroles.



Fondation de la communauté des Sœurs de Miséricorde


Enfin, le 16 janvier 1848, Rosalie et sept compagnes professent leurs voeux religieux (pauvreté, chasteté, obéissance). Elles deviennent Sœurs de Miséricorde. Rosalie prend le nom de Mère de la Nativité. Les professes prononcent un quatrième voeu, celui de prendre soin des filles et des femmes dans leur « maladie », terme générique employé à l’époque pour les soins reliés à l’obstétrique. C’était très osé à ce moment, et la jeune communauté en paie le prix par le rejet social et la pauvreté. Qu’importe. La vie continue, le service et l’amour dispensés à bras ouverts par Rosalie et ses sœurs.


Rosalie s’usera à cette vie de labeur incessant, et la maladie finalement aura raison d’elle le 5 avril 1864. À l’âge de 70 ans, épuisée, confiante dans la bonté d’un Dieu de miséricorde, elle s’éteint après avoir murmuré « Oh mon Jésus ». Toute sa vie aura été consacrée à l’amour de son prochain, et surtout des mères célibataires, son cœur et sa passion. Elle a sanctifiés tous ses états de vie, fille aimante, femme et mère dévouée, âme charitable, grand-mère, religieuse, fondatrice, sage-femme, par son aptitude à laisser Dieu guider sa vie et l’emplir de compassion.



Famille de la Miséricorde


La mission de Rosalie Cadron-Jetté se poursuit encore aujourd’hui par des services rendus aux mères célibataires et à leurs enfants. À la communauté des Sœurs de Miséricorde se greffe la Famille de la Miséricorde. Cette Famille comprend huit groupes laïcs : Les Amis de la Miséricorde, le Réseau de prière, les collaborateurs, le groupe Héritage, les Œuvres-sœurs, les groupes de parents, Miséricorde et Vie, et enfin les personnes engagées par des Vœux privés auprès de la communauté. La vitalité des diverses branches de la Famille de la Miséricorde garantit la continuation de la mission de la fondatrice.


Prions afin que la sainteté héroïque de Rosalie soit reconnue par l’Église, afin qu’elle puisse être proposée en modèle à tous ceux qui ont l’amour et la compassion chevillés au cœur.


Pour en savoir plus : www.centrerosaliecadronjette.org


1. Pénitente : nom donné à une personne guidée par un directeur spirituel.