
| Cause : Rosalie Cadron-Jetté 
De
toutes les œuvres nées durant l’épiscopat de Mgr
Bourget, évêque de Montréal de 1840 à
1876, l’assistance à la mère célibataire –
on dirait aujourd’hui la mère monoparentale – était
la plus controversée. En effet, tant l’évêque
que Rosalie Cadron-Jetté, fondatrice de cette œuvre inusitée,
devront lutter contre les préjugés de la société
d’alors et d’une bonne partie du clergé, en plus
d’affronter dans les débuts une extrême pauvreté.
Secourir les femmes enceintes hors mariage était alors
considéré comme un encouragement au « vice ».
Le mépris visait tant les femmes secourues que celles qui s’y
dévouaient. Mais rien ne pouvait arrêter la fondatrice,
qui sentait profondément que les femmes vivant une grossesse
non désirée dans la honte avaient
absolument besoin d’être accueillies par des âmes
d’élite, imperméables aux condamnations des autres et
surtout capables d’amour inconditionnel, dans le non-jugement.
L’alternative ? L’avortement, l’infanticide, le suicide.
Brève histoire de Rosalie Cadron-Jetté
Fille de Lavaltrie, Rosalie naît le 17 janvier 1794. Elle est
baptisée le même jour par le curé Lamothe, qui
dira à sa mère : « Prenez bien soin de
cette enfant; elle est appelée à de grandes choses. »
Intuition très juste : dès son jeune âge, le
cœur de Rosalie s’emplit de compassion pour les malades et les
démunis.
Elle
se marie à 17 ans avec Jean-Marie Jetté, cultivateur de
33 ans, le 7 octobre 1811. Onze enfants naîtront de cette
union, dont cinq mourront en bas âge. En quête de terres
disponibles pour établir leurs aînés, les Jetté
quittent Lavaltrie en 1822 et tentent de s’établir à
Saint-Hyacinthe. Un malheur les attend : victimes de manœuvres
frauduleuses, Rosalie et Jean-Marie perdent tout et doivent se
résoudre à abandonner leur rêve. Jean-Marie est
inconsolable. C’est Rosalie, forte de sa confiance en Dieu, qui
l’amène à pardonner celui qui les a spoliés.
La
famille Jetté s’établit à Montréal en
1827. Transplantés dans un monde étranger et en pleine
mutation urbaine, ses membres se débrouillent comme ils le
peuvent pour subvenir aux besoins de tous. La pauvreté
n’empêche pas Rosalie et Jean-Marie d’ouvrir leur cœur et
leur porte aux défavorisés,
prostituées, alcooliques, ménages désunis,
chômeurs… Rosalie se rend régulièrement à
l’église Saint-Jacques, s’y ressourçant et y
nourrissant sa piété fidèle. C’est là
qu’elle rencontre l’abbé Ignace Bourget, qui devient alors
son guide spirituel et peut ainsi détecter les qualités
exceptionnelles de sa nouvelle pénitente1.
En juin 1832, à nouveau le malheur : Jean-Marie est
emporté en 24 heures par l’épidémie de choléra
qui ravage Montréal. Rosalie se retrouve veuve à 38
ans, avec sept enfants dont la dernière n’est âgée
que d’un mois. Les vingt et un ans d’un bel amour s’achèvent
brusquement. La courageuse Rosalie s’attache alors, avec l’aide
de son fils aîné Pierre, âgé de 17 ans, à
faire vivre sa famille. Le temps passe, les enfants quittent la
maison et s’établissent. À 44 ans, Rosalie se
retrouve libre de toutes responsabilités familiales. Elle se
consacre à la prière et à une présence de
qualité auprès des laissés-pour-compte de son
entourage.
Naissance d’une œuvre essentielle
Devant
l’inaltérable compassion de Rosalie et surtout sa très
grande ouverture d’esprit envers toutes les situations qu’elle
rencontre sans les juger, Mgr Bourget, son guide spirituel depuis
treize ans, lui demande d’accueillir chez elle des mères
célibataires, méprisées de tous à
cause de ce que l’on considère à l’époque
comme leur « péché ».
Rosalie
Cadron-Jetté s’y prêtera volontiers, et son engagement
auprès de cette tranche stigmatisée de la population
montréalaise et des environs ne se démentira pas.
Constatant la constance de sa pénitente, et devant les besoins
de plus en plus grands qui se manifestent, Mgr Bourget propose à
Rosalie de fonder non seulement une Maternité, mais bien une
communauté religieuse vouée au service des mères
célibataires. Elle hésite, prie et médite, avant
d’accepter une mission qu’elle se juge bien
indigne d’incarner. Le 1er
mai 1845, Rosalie ouvre l’« Hospice de Sainte-Pélagie »
dans un grenier dénudé de la rue Saint-Simon. Puis, le
26 juillet 1846, Mgr Bourget ouvre le noviciat. L’une des novices
écrit alors : « Mme Jetté avait une
grande tendresse maternelle pour ces jeunes mères. Elle disait
qu’elles étaient « son cœur »… ».
Pour Rosalie, elles étaient « les trésors de
la maison », selon ses propres paroles.
Fondation de la communauté des Sœurs de Miséricorde
Enfin,
le 16 janvier 1848, Rosalie et sept compagnes professent leurs voeux
religieux (pauvreté, chasteté, obéissance).
Elles deviennent Sœurs de Miséricorde.
Rosalie prend le nom de Mère de la Nativité. Les
professes prononcent un quatrième voeu, celui de prendre soin
des filles et des femmes dans leur « maladie »,
terme générique employé à l’époque
pour les soins reliés à l’obstétrique. C’était
très osé à ce moment, et la jeune communauté
en paie le prix par le rejet social et la pauvreté.
Qu’importe. La vie continue, le service et l’amour dispensés
à bras ouverts par Rosalie et ses sœurs.
Rosalie
s’usera à cette vie de labeur incessant, et la maladie
finalement aura raison d’elle le 5 avril 1864. À l’âge
de 70 ans, épuisée, confiante dans la bonté d’un
Dieu de miséricorde, elle s’éteint après avoir
murmuré « Oh mon Jésus ». Toute
sa vie aura été consacrée à l’amour de
son prochain, et surtout des mères célibataires, son
cœur et sa passion. Elle a sanctifiés tous ses états
de vie, fille aimante, femme et mère dévouée,
âme charitable, grand-mère, religieuse, fondatrice,
sage-femme, par son aptitude à laisser Dieu guider sa vie et
l’emplir de compassion.
Famille de la Miséricorde
La mission de Rosalie Cadron-Jetté se poursuit encore
aujourd’hui par des services rendus aux mères célibataires
et à leurs enfants. À la communauté des Sœurs
de Miséricorde se greffe la Famille de la Miséricorde.
Cette Famille comprend huit groupes laïcs : Les Amis
de la Miséricorde, le Réseau de prière, les
collaborateurs, le groupe Héritage, les Œuvres-sœurs, les
groupes de parents, Miséricorde et Vie, et enfin les personnes
engagées par des Vœux privés auprès de la
communauté. La vitalité des diverses branches de la
Famille de la Miséricorde garantit la continuation de la
mission de la fondatrice.
Prions afin que la sainteté héroïque de Rosalie
soit reconnue par l’Église, afin qu’elle puisse être
proposée en modèle à tous ceux qui ont l’amour
et la compassion chevillés au cœur.
Pour
en savoir plus : www.centrerosaliecadronjette.org
1. Pénitente : nom donné à une personne
guidée par un directeur spirituel.
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